Chère concitoyenne, cher concitoyen,
La votation du 10 juin aura autant d'importance que celle du 4 mars. Ce qui nous est présenté comme une révision partielle anodine de la loi militaire remet gravement en question les fondements même de notre démocratie ainsi que ceux de notre vie commune fondée sur la liberté et le respect du prochain. C'est pourquoi cette votation s'adresse à tout le monde, jeunes et vieux, hommes et femmes, fils et filles, soldats, amis et amies, bref à tous les citoyens.
Par les nouveaux articles de loi, le Conseil fédéral veut rendre possible des interventions de soldats suisses dans des régions hors de nos frontières ou se déroulent des conflits et des actes de guerre; il veut encore assurer une instruction commune entre soldats suisses et soldats étrangers. Cependant, ces articles de loi prennent un caractère explosif dans le cadre du projet de l'OTAN «Partenariat pour la Paix» et de celui de la réforme de notre armée («Armée XXI»).
L'intervention à l'étranger de soldats suisses armés et l'intégration de notre armée dans une alliance militaire (OTAN) qui, au cours des dernières années, est passée d'un statut défensif à celui de force armée offensive destinée à défendre les intérêts de grandes puissances, ne signifie rien d'autre que la renonciation au principe de neutralité armée perpétuelle.
La renonciation voulue à l'utilisation de la force et à une politique d'hégémonie, la reconnaissance du droit des peuples à l'autodétermination, I'offre de bons offices, I'aide apportée aux efforts de règlement pacifique des conflits ont valu à la Suisse, havre de paix, le respect de la communauté internationale. Voulons-nous vraiment y renoncer?
Cette question nous force tous à réfléchir à la guerre et à la paix et à nous informer sur les fondements de la neutralité, la nouvelle doctrine de l'OTAN, la reforme d'Armée XXI, la politique hégémonique des Etats-Unis et bien d'autres questions. Comment notre pays peut-il et doit-il contribuer à la paix et à l'entente entre les peuples?
Les soldats suisses vont-ils être les hommes de main de la nouvelle OTAN?
Avec l' «interopérabilité», l'armée suisse sera adaptée à l'OTAN, tant en ce qui concerne l'instruction, I'armementet les structures militaires que la stratégie. Les interventions à l'étranger se feront sous le commandement de l'OTAN, qui n'est plus, depuis longtemps, un pacte défensif. L'Alliance n'hésite pas à mener des guerres d'agression comme au Kosovo, sans mandat de l'ONU, sous prétexte de garantir la sécurité des pays limitrophes, membres de l'OTAN. Selon sa nouvelle doctrine, peuvent être considérés comme menaçant la sécurité les entraves mises a l'approvisionnement en pétrole, des mouvements de population incontrôlés ou un régime instable incapable d'entreprendre les réformes nécessaires. Les guerres d'agression (appelées «interventions de crise») sont présentées aux populations des pays membres de l'OTAN par la propagande belliciste élaborée en commun par la CIA et les agences de relations publiques comme des «guerres justes» ou comme des «opérations de paix». Après la guerre s'installe un protectorat de l'ONU qui exige la présence de troupes. On établit des bases militaires qui suscitent à leur tour de nouvelles «interventions de crise» justifiées par la situation géopolitique et la volonté de puissance.
Renoncer à la neutralité comme politique de paix active?
Le renoncement à la neutralité est la suite logique de la réforme de l'armée envisagée et de la coopération avec l'OTAN. Seul un Etat impartial peut inspirer la confiance et offrir une véritable solidarité. Il n'est pas possible de régler les conflits efficacement et de façon civilisée, autour d'une table de négociations, sans un intermédiaire crédible parce que non engagé dans des guerres hégémoniques. Voulons-nous renoncer à ce rôle humanitaire extrêmement important?
Notre armée défensive doit-elle devenir une armée offensive?
Sans se préoccuper de la volonté des citoyennes et des citoyens le Conseil fédéral a commencé à réorganiser l'armée avec les milliards des contribuables. Du matériel militaire servant à la défense est donné à l'étranger ou mis à la casse. Les effectifs de l'armée sont réduits, mais dotés d'armes coûteuses compatibles avec les modules de l'OTAN, cela pour des interventions dans le cadre du «Partenariat pour la paix», et, plus tard, de la force d'intervention de l'Union européenne. D'éventuelles attaques contre la Suisse devraient être repoussées déjà hors de nos frontières. Est-il plus humain de mener une guerre dans des villages d'Allemagne du sud ou du nord de l'Italie que de défendre nos frontières?
La guerre se prépare!
Malgré les réductions d'effectifs, tous les pays réarment massivement en se dotant de matériel très spécialisé. Les armées de milice sont supprimées au profit d'armées professionnelles permanentes. Les soldats de métier sont engagés pour faire la guerre. Ils sont toujours prêts à intervenir. Ils ne se contentent pas de se battre dans des situations de vie ou de mort, mais chaque fois qu'ils en reçoivent l'ordre. Les soldats envoyés en intervention à l'étranger seront des «contractuels volontaires» classés sous la rubrique «soldats de carrière». Nos soldats doivent-ils être utilisés comme mercenaires? La guerre doit-elle devenir un métier?
L'abus des termes et le piège médiatique
On ne se sert pour ainsi dire plus du terme de «guerre». On préfère parler de «contribution à la paix», d'«opérations de réponse aux crises», de «prévention des conflits». Le monde assiste en direct à la télévision aux guerres «propres» de l'OTAN avec ses destructions d'installations civiles, ses bombardements de convois de réfugiés et ses pollutions de régions entières par l'uranium appauvri sans qu'un seul soldat américain ne soit tué. Nos fils vont-ils recevoir une décoration pour de telles actions? Quelle mère pourrait en être fière?
Adhésion à l'ONU, à l'EU, à l'OTAN, grâce à la tactique des petits pas?
Les nouvelles lois ne sont rien d'autre qu'une anticipation des obligations à remplir pour préparer l'entrée dans les organisations internationales que sont l'ONU, l'UE et l'OTAN. Chers concitoyennes et concitoyens, ne vous laissez pas prendre à ce jeu.
La guerre - une question personnelle
Un grand penseur du XX e siècle, Karl Barth, a posé la question suivante, à propos des guerres: «Jusqu'ici, qu'as-tu fait ou négligé de faire à cet égard? Que fais-tu ou ne fais-tu pas maintenant et qu'as-tu l'intention de faire ou de ne pas faire à l'avenir? Tuer est un acte très personnel et être tué une expérience tout à fait individuelle. Il serait donc naturel que cette question, sous l'aspect officiel qu'elle prend dans la guerre, soit l'objet d'une réflexion extrêmement personnelle.»
tiré de Dogmatique, III 4, §55
NON
à la modification de la loi militaire concernant la coopération en matière d'instruction avec des troupes étrangères (Articles 48a / 150a)
NON
à la modification de la loi militaire concernant l'armement de soldats suisses à l'étranger (Articles 66 / 66a / 66b)
Comité fédéral pour une Suisse souveraine, neutre et démocratique
Case postale 2959, 8033 Zurich, Tel.: 01/262 45 22 - C.C.P. 87-745508-5
www.discours-libre.ch
www.buergergespraech.ch