Le Conseil fédéral entend rendre l'Armée XXI «compatible avec l'OTAN» et «interopérable». Selon son document de 1999 sur la stratégie, le parti radical veut même faire adhérer le pays à l'OTAN, et cela d'ici à 2007. Mais comme l'OTAN, selon sa nouvelle doctrine de 1999, est devenue une alliance offensive, nous formulons de sérieuses réserves en ce qui concerne les deux projets et vous prions de prêter attention à ce qui suit.
L'OTAN, une alliance offensive
En 1999, l'OTAN s'est donné une nouvelle doctrine. Le nouveau pacte recèle de graves dangers, car il est devenu autre chose que la stricte alliance défensive des pays d'Europe occidentale contre les armées du Pacte de Varsovie.
L'OTAN s'est arrogé la compétence de mener des guerres, même en dehors de sa sphère d'influence et sans qu'elle soit attaquée. Ainsi elle se place au-dessus du Conseil de sécurité de l'ONU qui, jusqu'à présent, était seul habilité à décider de la guerre et de la paix. Le pacte est passé d'une alliance défensive a une alliance offensive. (Nous vous enverrons volontiers, sur demande, le dossier à ce sujet.)
Les nouveaux objectifs de l'OTAN
Selon l'article 10 du nouveau «Concept stratégique de l'Alliance», les nouvelles missions comprennent tout ce qui concerne les «intérêts vitaux» des pays membres de l'OTAN ou pourrait les concerner à l'avenir. En plus des «attaques armées», l'article 24 définit comme menaces pour la sécurité le «terrorisme», le «sabotage», le «crime organisé», la «rupture des approvisionnements en ressources vitales» et les «grands mouvements incontrôlés de populations». En fait, cela ne relève pas de l'armée, mais bien plutôt de la police.
De plus, une réduction de l'approvisionnement en pétrole du Caucase ou des pays arabes pourrait être interprétée comme une agression contre l'OTAN. De même, de grands déplacements de réfugiés pourraient être considérés comme une menace pour l'espace de sécurité de l'OTAN, qui pourrait déclencher une petite guerre (dénommée «intervention de crise»).
Une organisation antidémocratique
L'article 25 va plus loin. Ainsi, de prétendus facteurs «politiques, économiques, sociaux et environnementaux» pourraient menacer la sécurité des Etats membres de l'OTAN. De même, il faut compter parmi les risques l'«incertitude et l'instabilité». Il est à remarquer que l'OTAN considère «l'inadéquation ou l'échec des efforts de réforme» comme une menace pour la sécurité. De ce fait, tout développement politique d'un pays, y compris un développement démocratique, peut être interprété comme menaçant l'«environnement de sécurité» et provoquer une intervention de l'OTAN.
Selon l'article 32, l'OTAN peut décider de recourir à des «mesures politiques et militaires» coordonnées, ce qui signifie qu'elle peut mettre en uvre toute la gamme des réponses possibles, qui vont des opérations des services secrets à la guerre terrestre.
En prétendant que l'OTAN doit «écarter les risques en faisant face rapidement aux crises potentielles» (article 48), elle s'autorise toutes espèces d'ingérences et une politique hégémonique. Pour ce faire, il est prévu d'instruire des troupes spéciales d'intervention (art. 53). Cela est également envisagé dans l'Armée XXI.
Pourquoi une nouvelle doctrine de l'OTAN?
Selon Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du Pentagone en matière de sécurité, les Etats-Unis veulent rester la seule superpuissance et assurer leur domination mondiale grâce à système d'alliances et de coalitions. Cela signifie qu'ils entendent exercer leur domination sur les «pays satellites» d'Europe et faire de l'Union européenne une structure docile. Le combat pour l'hégémonie mondiale doit être porté en Eurasie. C'est pourquoi les Etats-Unis ont besoin de l'accès à des pays géostratégiquement importants comme l'Ukraine, la Turquie, l'Iran et les pays du Caucase. Aussi bien l'élargissement à l'Est de l'UE que celui de l'OTAN servent les desseins stratégiques de l'ère Clinton. (A lire: Zbigniew Brzezinski: Le grand échiquier - L'Amérique et le reste du monde, Bayard Editions, Paris 1997, ISBN 2-227-13519-0)
Dans le dos du peuple
La nouvelle doctrine de l'OTAN viole le droit des peuples à l'autodétermination. Le projet de l'OTAN «Partenariat pour la Paix» doit faciliter l'entrée dans l'organisation des pays non membres. Les armées doivent s'adapter aux structures de l'OTAN (interopérabilité). Dans les pays engagés, des militaires enthousiastes seront élevés au rang de collaborateurs de l'OTAN, Ils constitueront une nouvelle élite. Sans se préoccuper de la volonté populaire, le Conseil fédéral a mis des contingents militaires à la disposition de la «Central European Nation's Cooperation» (CENCOOP). Et l'on cherche constamment de nouvelles formes de coopération.
(Source: Horizons et débats, N° 4, décembre 2000, p. 5-7)
Nous appelons les Suisses à s'opposer à l'adhésion à la nouvelle doctrine de l'OTAN. Nous estimons que notre liberté, notre neutralité et notre démocratie directe seront mieux sauvegardées par une armée qui défend avant tout le pays plutôt que d'aller se promener à l'étranger. Nous serons plus utiles à la paix et à l'entente entre les peuples en refusant de servir d'hommes de main à une alliance offensive.
Comité fédéral pour une Suisse souveraine, neutre et démocratique
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