Dans la préface de la brochure du Département des affaires étrangères intitulée LA SUISSE ET L'ONU, Joseph Deiss écrit: «L'Assemblée générale de l'ONU est l'enceinte la plus importante au monde: grands ou petits, pauvres ou riches, les Etats de tous les continents s'y retrouvent d'égal à égal pour rechercher des solutions aux crises, aux catastrophes et aux conflits en cours.»
Est-ce vrai? L'ONU n'a-t-elle pas souvent échoué dans ses interventions? Ne prenons-nous pas nos désirs pour des réalités faute de pouvoir envisager d'autres solutions? Or il existe d'autres solutions et c'est ce que nous allons montrer. Mais auparavant, il nous paraît important de rappeler le déroulement d'une des interventions de l'ONU. Le génocide du Rwanda (1994) nous fait comprendre que l'inefficacité de l'ONU tient moins aux exécutants qu'aux structures mêmes de l'organisation.
À l'époque du massacre, le Rwanda était dirigé par les Hutus qui menaient une guerre civile contre les Tutsis. L'ONU organisa un cessez-le-feu et envoya dans le pays une troupe de maintien de la paix qui devait aider le gouvernement à désarmer la population. La présence des Casques bleus devait donner aux Tutsis désarmés l'assurance qu'ils n'avaient rien à craindre. Le général qui commandait la troupe de l'ONU, Romeo Dallaire, apprit par des informateurs que le gouvernement, c'est-à-dire les Hutus, était en train de constituer des groupes armés pour massacrer les Tutsis. Il demanda à sa hiérarchie onusienne l'autorisation de désarmer ces groupes, ce qu'elle refusa. Les enquêtes effectuées par la suite révélèrent que cette décision fut à l'origine du génocide. En l'espace de 103 jours, 1,1 million de personnes furent massacrées. (The New American du 22 octobre 2001)
«Si tu veux connaître le caractère d'un homme, donne-lui le pouvoir.»
(Abraham Lincoln)
Comment expliquer le génocide du Rwanda et les fréquents échecs de l'ONU?
Il convient de signaler un défaut fondamental de cette institution.
La Charte de l'ONU (1945) ne prévoit aucun contrôle démocratique,
ce qui constitue un véritable encouragement à l'abus de pouvoir.
On a l'impression que la Charte ignore l'histoire qui a évolué vers
la limitation du pouvoir absolu et la démocratie. Les décisions essentielles
ne sont pas prises par l'Assemblée générale, mais par le Conseil de
sécurité où siègent les quatre puissances victo-
rieuses de la Seconde Guerre mondiale et la Chine. Ce sont elles
seules qui décident quand intervenir et quand s'abstenir. L'ONU est
donc tout le contraire d'une communauté d'Etats souverains égaux en
droits (comme le Conseiller fédéral Deiss voudrait nous le faire croire).
À cela s'ajoute le droit de veto des membres permanents du Conseil
de sécurité. Aucune des grandes puissances ne peut être mise en minorité.
Il en résulte des décisions de politique hégémonique qui sont dans
l'intérêt d'au moins une des grandes puissances. Cela explique pourquoi
l'ONU est souvent condamnée à l'inaction.
Renoncer à une politique hégémonique et cantonner l'armée dans une fonction défensive sont des conditions essentielles du maintien de la paix. C'est à cela que sert la neutralité de la Suisse. Elle seule nous permet de ne pas suivre la politique hégémonique de l'ONU (des cinq grandes puissances!). L'adhésion à l'ONU constituerait une rupture par rapport à notre histoire et la perte de notre liberté. La Suisse jouit d'une très bonne réputation dans le monde. Les peuples lui font confiance et nous ne devons pas les décevoir. Ce serait irresponsable - également à l'égard de nos courageux ancêtres à qui nous devons la démocratie directe. Le 3 mars prochain, une seule réponse est possible: NON à l'ONU, NON à une politique hégémonique, OUI à la paix, OUI à la Croix-Rouge et à l'aide humanitaire, partout où elle est nécessaire.
Le mensonge s'impose plus facilement que la vérité
Nous vivons à une époque de «belles paroles», d'euphémismes qui entraînent des actions terribles. L'un de ces euphémismes est «guerre humanitaire». Cette notion nouvelle est purement abstraite. Le Conseiller fédéral Leuenberger a déclaré lors de l'assemblée des délégués du PS, le 8/12/2001, que la Suisse devait adhérer à l'ONU, «seule assemblée plénière au monde à avoir une légitimité démocratique». C'est grotesque de la part d'un Suisse qui connaît la démocratie directe. Leuenberger est un idéologue intellectuel qui a oublié ce qui fait l'essence de la Suisse: le droit de codécision des citoyens. Pour lui, l'ONU est une organisation mondiale pour la paix qui représente un contrepoids démocratique à la globalisation économique. Cette affirmation mérite quelques remarques:
L'ONU et la paix: On sait que l'ONU a souvent échoué. Maintenant seulement, à l'heure où le gouvernement des Etats-Unis voudrait l'impliquer dans la lutte contre le terrorisme, elle jouit d'une sorte de revalorisation. L'attribution du prix Nobel de la paix à Kofi Annan et à l'ONU a probablement le même objectif. Malheureusement, les Nations unies resteront un tigre de papier tant que leurs structures antidémocratiques n'auront pas été modifiées et que les Etats-membres continueront à devoir accorder leurs voix aux cinq grandes puissances. Leuenberger couvre la politique hégémonique des grandes puissances. Ce faisant, il s'oppose à son pays et à sa politique de paix qui n'est possible qu'en renonçant aux visées dominatrices. En tant que membre de l'ONU, la Suisse devrait abandonner ce qui représente sa plus grande force historique - la neutralité - et suivre la politique des grandes puissances.
L'ONU, «contrepoids démocratique» à la globalisation: L'idée est belle, mais c'est une illusion. En effet, l'ONU, nous l'avons dit, est dirigée par les cinq grandes puissances. Le tableau ci-dessous relatif à l'évolution démographique montre où peuvent mener les illusions. La misère que révèlent les chiffres des pays en développement est immense. Nous devons savoir si nous allons continuer à nous laisser bercer d'illusions ou si nous voulons nous coltiner avec la réalité. Quiconque veut garantir la paix ne peut pas être favorable à l'adhésion à l'ONU car cette institution manque d'indépendance et de force.
| Population (en milliards) | 1995 | 2020 | différence |
| Monde entier | 5.7 | 8.1 | 2.4 |
| Régions développées | 1.2 | 1.3 | 0.1 |
| Régions moins développées | 4.5 | 6.8 | 2.3 |
Source: United Nations Population Division, World Population Prospects: The 1996 Revision, 24/10/1996
Savez-vous qu'il existe un puissant mouvement aux Etats-Unis qui voudrait que le pays quitte l'ONU? Thomas Jefferson, l'auteur de la Déclaration d'indépendance, a énoncé 4 principes essentiels pour son pays: la paix, le commerce, la vraie amitié avec toutes les nations mais aucune alliance avec elles. L'Amérique pourrait s'en souvenir car il est évident pour beaucoup de gens que les gouvernants de ce pays ont assez souvent donné la primauté non à la liberté mais aux intérêts économiques et hégémoniques, de même qu'à la corruption et au terrorisme. Les attentats du 11 septembre 2001 ont été terribles et leurs auteurs doivent être punis. Mais, vu la politique hégémonique des gouvernements américains, on peut les comprendre. La réaction d'orgueil du gouvernement Bush doit nous interpeller: Quels sont ses objectifs réels? Le terrorisme doit être combattu avec les moyens de l'Etat de droit, non par la guerre. Les prochaines guerres menées par les Etats-Unis ont déjà été annoncées. Voulons-nous cela?
Le renoncement à une politique hégémonique est l'unique garant
de la paix.
La Suisse et la Croix-Rouge en sont le symbole.
Il faut absolument le sauvegarder au nom de tous les peuples.
Comité fédéral pour une Suisse neutre, souveraine et démocratique,
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