La Suisse doit rester hors de cette ONU ...

par Marcel Narbel, Lausanne

Editorial paru dans «Suisse-Info» N o 68, Nov.-Dec. 2001

La Suisse est déjà dans l'ONU, celle qui est utile et à qui elle verse plus de 500 millions l'an. Le Conseil fédéral veut maintenant, sans raison majeure, l'englober dans l'ONU politique, celle qui fomente des guerres et des massacres, par Conseil de sécurité interposé.

L'ONU était l'espérance des Etats qui croyaient trouver en elle, enfin, paix, développement, justice, solidarité, respect, harmonie et autres félicités des peuples, au sens de sa charte. Ce fol espoir a viré au cauchemar pour beaucoup d'entre eux. Non seulement en raison des centaines de guerres qu'ils ont subies et qu'ils subissent encore (environ 30 dans le monde actuellement), mais aussi parce que leur statut de pays pauvres ne s'est jamais vraiment amélioré. Ils endurent les diktats des grandes nations. Ils sont déstabilisés plus que jamais, en un mot, ils ont été leurrés. Rappel: quelque 35'000 enfants meurent chaque jour par la faute des humains.

Des pays membres de l'organisation seront, selon toute vraisemblance, bientôt bombardés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne: l'Irak (qui n'a cessé de l'être), la Somalie, le Soudan, etc. Comme d'autres régions, ils verront leurs territoires rasés, leurs enfants tués, leurs infrastructures générales, déjà bien fragiles, être réduites à néant, etc. Avec l'argent des frappes, il aurait été possible de développer ces pays et de créer une harmonie minimale entre leurs peuples.

Berne ne veut qu'une chose: être partie à ces horreurs, sous le prétexte qu'elle veut pouvoir «faire entendre sa voix». Ce qui frappe, c'est que les Américains jettent encore des chapelets de bombes sur le sud du pays de Saddam Hussein, qui fabriquerait des produits toxiques. Ne serait-ce pas l'occasion de faire entendre les arguments de la Suisse contre les massacres de près d'un million d'enfants irakiens? La Suisse officielle qui veut parler, dans ce cas, ne pourrait-elle pas jeter les bases d'un revirement de la politique de guerre à celle de paix entre les antagonistes?

Le terrorisme se nourrit des rancurs, des spoliations, des honneurs bafoués, des violences disproportionnées aux fautes que peuvent commettre des gouvernements, etc. Actuellement, des pays puissants, invincibles militairement, qui agissent dans leur seul intérêt immédiat, s'ingénient à provoquer les causes de haine et de vengeance de populations déçues et, on le voit, prêtes à tout pour laver les affronts subis.

La Suisse doit rester hors de cette ONU qui promet tant, mais qui ne respecte pas les préceptes qui l'ont fait naître il y a plus d'un demi-siècle, hélas, fait d'horreurs et de guerres....